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Le virus de Marburg à l’origine d’une crise sanitaire en Angola


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Au 20 juin, l’épidémie de fièvre de Marburg qui sévit depuis plusieurs mois en Angola – et qui s’avère comme la pire épidémie de fièvre hémorragique que l’on ait connu à ce jour – reste préoccupante, bien qu’un contrôle – au moins relatif – semble avoir été obtenu. Plus grave qu’Ebola, cette épidémie vient de provoquer une crise sanitaire majeure en Angola et elle a représenté une menace pour plusieurs pays d’Afrique.

Le dernier bilan officiel, communiqué le 17 juin par l’OMS selon des informations fournies le 16 par le ministère de la santé angolais, s’élève à 356 morts sur 422 cas recensés depuis le 13 octobre dernier. D’autre part, 132 personnes ayant été en contact avec des malades ou des morts sont sous surveillance médicale dans la province d’Uige (21 à Uige même et 11 dans d’autres localités).

Depuis fin avril, « on commence à prendre le contrôle de la situation », affirmait début mai un expert des CDC présent sur place ; les provinces autres que la province d’Uige n’avaient pas notifié de nouveaux cas ces derniers jours. Ce fait est maintenant confirmé : pas de nouveaux cas ailleurs que dans la province d’Uige. Mais dans cette province, foyer de l’épidémie (346 morts sur 412 cas), la situation reste tendue, les moyens de lutte sont toujours insuffisants d’après MSF qui insiste sur la nécessité de mesures plus fortes : accroissement des moyens humains et logistiques, matériels de protection, efforts d’information de la population, strict respect des procédures de sécurité sanitaire. Ce dernier point n’étant pas assuré, le 23 mai, MSF a annoncé l’arrêt de ses activités à Negage, ville de la province d’Uige où elle était présente depuis le 3 avril, « constatant l’impossibilité de travailler dans les conditions sanitaires requises et avec une garantie de sécurité pour nos équipes ». Depuis leur arrivée fin mars, les équipes médicales ont du faire face au refus des familles de malades de les soumettre à l’isolement (soignés dans leur famille, les malades contaminent leurs proches). Elles se sont même heurté à des manifestations d’hostilité de la population qui ne comprend pas les mesures prises vis à vis des cadavres allant à l’encontre des cultures africaines. Les campagnes d’information commenceraient maintenant à porter leurs fruits.

La menace s’était amplifiée en avril avec l’observation de cas dans plusieurs provinces du pays. Sept provinces angolaises (sur 18) étaient touchées, la province de Uige mais aussi la capitale du pays, Luanda, le Cabinda, Malanje, Kwanza -Sul et Kwanza Norte (est de Luanda), ainsi que la province du Zaire. Aucun nouveau cas n’a été observé depuis plusieurs jours dans ces provinces et l’épidémie serait maintenant circonscrite à la province d’Uige selon le ministère angolais de la santé.

Face au risque d’extension de l’épidémie hors Angola, un haut responsable de l’OMS présent à Luanda a recommandé le 7 avril la mise en alerte de tous les pays frontaliers, RDC et Congo-Brazaville, mais aussi Namibie et Zambie. La RDC (où deux cas douteux étaient en cours d’exploration la semaine dernière) et le Congo-Brazaville avaient déjà pris des mesures de protection fin mars. De même pour le Kenya et le Gabon. Dernièrement (16 avril), le Zimbabwe a lui aussi mis en alerte ses ports d’entrée et ses hôpitaux publics. l’Afrique du Sud a, elle aussi, pris des dispositions.

Cependant, l’OMS considère que le risque de diffusion internationale est faible. En effet, les personnes atteintes ne semblent pas disséminer le virus avant de présenter des symptômes de la maladie et ces symptômes sont tels que les malades sont visiblement très atteints.

En dépit des incertitudes que comporte la crise, l’OMS ne déconseille pas les voyages en Angola : « Ce n’est pas nécessaire tant que nous ne sommes pas en présence d’un grand nombre de contacts avec les malades non identifiés » avait affirmé le 8 avril Mike Ryan, Directeur des opérations d’alerte à l’OMS, ajoutant que « nous n’avons pas pour le moment d’épidémie déclarée ailleurs qu’à Uige ». Néanmoins, le 14 avril, l’OMS a recommandé des précautions aux voyageurs : s’informer ; éviter les contacts rapprochés avec des malades ; différer le voyage (particulièrement dans la province d’Uige) s’il n’est pas essentiel pour ceux dont l’état de santé peut requérir une hospitalisation ; se signaler si des symptômes suspects surviennent dans les dix jours suivant le retour.

Le 20 avril, un passager malade qui se trouvait à bord d’un avion en provenance d’Angola avait été placé en quarantaine à son arrivée en Afrique du Sud ; on craignait qu’il ne soit porteur du virus de Marburg, mais il s’est avéré simplement atteint de paludisme.


Les premiers cas seraient apparus en octobre dernier dans la province de Uige, province de 800 000 habitants située 300 km environ au nord de Luanda, à la frontière avec la République Démocratique du Congo (RDC). Mi-mars, 76 cas mortels avaient été enregistrés. Selon le Ministère de la santé angolais, la responsabilité du virus Ebola pouvait être complètement exclue, compte tenu de l’évolution relativement lente et de la principale population cible (très jeunes enfants) de cette fièvre hémorragique dont l’origine restait encore inconnue. Les jours suivants, le climat de crise s’est accentué dans le pays : l’aéroport de Uige a été fermé et, le 21 mars, le consul général du Portugal en Angola a demandé à ses ressortissants de ne plus se rendre dans le nord.

Ce n’est que le 21 mars que l’analyse d’échantillons de sang par les CDC d’Atlanta avait permis d’identifier le virus de Marburg.

De la famille des filovirus, comme Ebola, le virus de Marburg est responsable de fièvres hémorragiques redoutables, le plus souvent mortelles. Il est ainsi nommé car il a été identifié pour la première fois, en 1967, dans la ville de Marburg en Allemagne : des singes importés d’Ouganda pour un laboratoire de recherche étaient porteurs du virus et des cas s’étaient déclarés simultanément chez plusieurs laborantins et chercheurs à Marburg, Francfort et Belgrade : 31 cas en tout, dont 7 décès. Depuis, le virus était réapparu à quelques reprises en Afrique (en 1975, 1980 et 1987), ne touchant qu’un petit nombre de personnes. Mais, entre 1998 et 2000, 123 morts (sur 149 cas) avaient été enregistrés en République Démocratique du Congo.

Quels sont les modes de contamination ? La transmission requière un contact très rapproché avec un malade, notamment lors des examens et des soins, via les fluides corporels - gouttelettes expirées, salive, sang, urine, selles, vomi, sueur, larmes. La contamination par le sperme infecté est établie. Il y a également possibilité de transmission par les instruments (seringues et aiguilles contaminées), les couverts, la literie ou les vêtements récemment souillés par un malade, lors de la manipulation et du transport des cadavres, lors des funérailles. L’OMS précise que, d’après les connaissances actuellement disponibles, un contact occasionnel, non rapproché, n’est pas contaminant ( « casual contact plays no role in the spread of Marburg haemorrhagic fever »).

Après une période d’incubation de 3 à 9 jours, apparaissent d’abord des symptômes non spécifiques (forte fièvre, nausées, diarrhées, toux, douleurs pulmonaires) qui peuvent évoquer le paludisme, la fièvre jaune ou la typhoïde, d’où des difficultés à établir le diagnostic. Puis l’évolution se fait vers de graves hémorragies internes et une issue généralement fatale. Il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique.

Le 17 juin, l’OMS a fait état d’un nouveau bilan de 356 cas mortels sur 422 cas recensés. L’épidémie reste maintenant circonscrite à la province d’Uige (346 morts sur 412 cas) ; pour mémoire, 7 provinces angolaises (sur 18) avaient été touchées en avril avec 5 cas mortels confirmés à Luanda, 1 à Camabatela (Kwanza Norte), 1 au Cabinda (une femme enceinte décédée samedi 25 mars avec son bébé), 2 à Malanje ; les provinces Kwanza-Sul et Zaire auraient également eu des morts.

Le taux de létalité est de l’ordre de 90%. Début avril, 75% des victimes étaient des enfants de moins de 5 ans, ce qui n’était pas sans étonner, les précédentes épidémies ayant surtout touchés des adultes (s’agissait-il d’une souche particulière du virus ? était-ce explicable par une forte sous-estimation des cas d’adultes ?) ; mais ensuite, les nouveaux cas ont concerné essentiellement des adultes. Rappelons qu’il y a eu 19 cas mortels chez des membres de personnels soignants : plusieurs infirmières sont mortes en moins d’un mois, ainsi que trois médecins étrangers : un médecin vietnamien, une pédiatre italienne (Maria Bonino, décédée à Luanda jeudi 24 mars) et un médecin cubain de la clinique « Méditex » de Luanda.

Plus d’une soixantaine d’experts internationaux se sont rendus sur place, experts des CDC d’Atlanta, de l’OMS, de MSF et de l’UNICEF. L’équipe de MSF, arrivée dimanche 27 mars à Uige, avait constaté que l’hôpital provincial, d’où est partie l’épidémie, était « dans un état déplorable, sans eau ni électricité, avec une morgue désorganisée et du personnel soignant débordé » ; elle s’était donnée pour première tâche d’ « établir une unité d’isolation au sein de l’hôpital, où les malades seront pris en charge » ; il leur a fallu aussi « développer les contacts avec les habitants de Uige pour détecter de nouveaux cas, séparer les cas suspects des cas confirmés, et nous assurer que les précautions nécessaires soient prises lors de l’enterrement des victimes de l’épidémie ». Le ministère de la santé angolais avait confirmé le 31 mars que cinq cadavres avaient été découverts dans des villages de la province d’Uige, aggravant les risques de contagion de l’entourage. Un laboratoire canadien mobile sous l’égide de l’OMS était également présent à Uige pour effectuer des tests de confirmation. MSF est également présent à Luanda où une autre équipe a installé une unité d’isolation et de traitement à l’hôpital universitaire, ainsi que 4 unités d’isolation ailleurs dans la ville, l’OMS mettant pour sa part en place un dispositif de détection de nouveaux cas et de pistage des personnes en contact avec les malades.

Les correspondants de presse à Luanda insistaient début avril sur le fait que la peur avait gagné les habitants de la capitale angolaise : plus personne ne se serrait la main, de crainte d’être contaminé. Quant à la situation dans la province d’Uige, les médecins soulignaient un climat général de peur et de déni : « Les habitants sont dans une phase de déni total. Si quelqu’un est malade, ils préfèrent se dire que ce n’est pas Marburg. Ils nous appellent trop tard quand la personne est déjà morte. » (propos du Dr Perea, épidémiologiste colombien, rapportés dans le Figaro du 14 avril). Le 13 avril, l’installation d’unités d’isolation était également en cours à Negage et Songo, terminée à Camabatela.

Le 6 avril, le parlement angolais a adopté une résolution demandant au gouvernement de mobiliser tous les moyens financiers et matériels nécessaires pour juguler l’épidémie.

Selon la Direction Générale de la Santé portugaise, trois cas suspects avaient été observés au Portugal fin mars. On a appris depuis qu’il s’agissait heureusement d’une fausse alerte, mais la DGS a demandé à toutes les personnes s’étant rendu dans la province d’Uige ces dernières semaines de prendre rapidement contact avec les autorités de santé publique.

Le jeudi 24 mars, la Commission européenne a annoncé une aide d’urgence de 500 000 euros à l’Angola, destinée notamment à fournir des vêtements et gants de protection, des produits pour purifier l’eau et des antibiotiques, ainsi qu’à mettre en œuvre des mesures de quarantaine des patients atteints. 1,5 millions d’euros ont été ajoutés par l’UE le 25 avril. Pour sa part, la France avait décidé de débloquer 110 000 euros pour aider à former le personnel de santé.

La République Démocratique du Congo s’est placée mardi 29 mars en « état d’alerte générale » sanitaire face au risque de propagation de l’épidémie. Un « cordon sanitaire » a été mis en place dans la province du Bas-Congo, le long de la frontière angolaise, avec une campagne de sensibilisation de la population, une formation des personnels hospitaliers et une distribution de kits de protection fournis par l’OMS. Ce d’autant que trois personnes étaient décédées la semaine précédente de fortes fièvres à l’hôpital de Matadi, chef lieu du Bas-Congo. L’hypothèse du virus de Marburg aurait pu être écartée pour l’un, mais un doute subsistait pour les deux autres, dont un homme de 35 ans qui revenait des environs de Uige. Une autopsie devait être pratiquée avec des analyses. Selon les correspondants des agences de presse, les interrogations de la population devenaient d’ailleurs très vives à Kinshasa, les six millions d’habitants de la capitale se demandant comment éviter d’être contaminés. Pour sa part, le HCR a fermé le 7 avril ses bureaux à Kimvula et Ngidinga, dans le district de Lukaya, Bas-Congo.

Le Congo-Brazaville, dont les départements du Kouilou et du Niari partagent une frontière commune avec le Cabinda, a également pris des mesures ; une équipe médicale a été envoyée pour sensibiliser les populations de ces départements sur les attitudes à observer : éviter les rituels en cas de décès, éviter de se rendre à Cabinda. « Au niveau de la ville de Pointe-Noire, reliée à Cabinda par une route bitumée et à Luanda par un intense trafic aérien, il a été demandé aux services spécialisés de ficher toute personne arrivant d’Angola, de relever son adresse et de signaler tout cas suspect dans les hôpitaux » a ajouté le directeur général de la santé au Congo-B.

Jeudi 31 mars, le Gabon a déclaré « la mise en alerte maximum du système de surveillance épidémiologique sur toute l’étendue du territoire national ».

Pourtant très éloignés du foyer de l’épidémie (mais il existe des liaisons aériennes), Sao Tome, Principe, le cap Vert et le Kenya ont eux aussi mis en œuvre des mesures de prévention. Dernièrement (16 avril), le Zimbabwe a lui aussi mis en alerte ses ports d’entrée et ses hôpitaux publics. De même, la Zambie, l’Ouganda et l’Afrique du Sud ont pris des dispositions.

En France, le ministère des Affaires étrangères avait simplement émis le 25 mars la recommandation de surseoir à tout voyage et à toute résidence dans la ville chef lieu de la province d’Uige. Une réunion a eu lieu jeudi 31 mars entre les experts des ministères de la Santé, des Affaires étrangères, de l’Institut Pasteur et de l’Institut de veille sanitaire . Aucune mesure particulière n’avait été décidée. Mais le 14 avril, l’OMS a recommandé des précautions aux voyageurs : s’informer ; éviter les contacts rapprochés avec des malades ; différer le voyage (particulièrement dans la province d’Uige) s’il n’est pas essentiel pour ceux dont l’état de santé peut requérir une hospitalisation ; se signaler si des symptômes suspects surviennent dans les dix jours suivant le retour.

Pour en savoir plus : www.who.int et www.msf.fr

Le 20 juin 2005


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