Crise légionellose à Lyon : épidémie terminée, source non identifiée
Des tours aéroréfrigérantes (TAR) du nord-est lyonnais étaient-elles à l’origine de l’épidémie de légionellose qui a débuté le 28 avril et touché 34 personnes ? Elles ont figuré pendant plusieurs semaines comme suspect numéro un, ce qui n’a rien d’étonnant puisque la majorité (huit sur dix) des épidémies de légionellose observées en France depuis 1998 ont pu être imputées aux TAR après vérification par des analyses.
En définitive, on ne saura pas. Lors d’une conférence de presse tenue le mercredi 1er juin, le préfet du Rhône a déclaré que l’épidémie « est terminée ». En effet, il n’y a eu aucune déclaration de nouveau cas depuis le 16 mai et le dernier malade encore hospitalisé est rentré chez lui hier, mardi 31 mai.
La même souche bactérienne, légionella pneumophila sérogroupe type 1 (dite souche lorraine car elle a été identifiée en 1995 dans une station de lavage de voitures de cette région ) a été identifiée chez trois malades, mais les colonies de légionelles qui ont été détectées dans 5 TAR de la région ne correspondent pas à cette souche humaine. Donc, finalement, la source de contamination n’aura pas pu être identifiée. « C’est assez fréquent, dans 50 à 60% des cas, on ne retrouve pas l’origine de la contamination », a précisé le Pr Jérôme Etienne, directeur du centre national de référence de la légionellose basé à Lyon. Selon la Drire, des résultats d’analyse étaient encore attendus pour un site,
Quel bilan – bien sûr provisoire - peut-on faire aujourd’hui de cette nouvelle crise légionellose, et quelles premières leçons peut-on éventuellement tirer ?
Tout d’abord, il apparaît clairement que les épisodes de cas groupés de légionellose se succèdent. Huit avaient été recensés en France en 2003 (voir le numéro spécial du Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire 36-37/2004 consacré au sujet, site www.invs.sante.fr). Dans plusieurs cas, il n’a été possible d’identifier ni la zone géographique commune de fréquentation des cas ni la source de contamination.
Il n’est pas rare que le nombre de cas atteigne plusieurs dizaines : 24 à Poitiers, 31 à Montpellier, 86 dans le Pas-de-Calais. Dans l’épisode lyonnais actuel, ce sont 34 cas de personnes touchées, âgées de 39 à 86 ans, qui ont été recensés du 28 avril au 16 mai. Tous ont été détectés dans les communes du nord-est de Lyon, sauf deux (en Isère et dans les Côtes-d’Armor) chez des personnes ayant séjourné dans la région lyonnaise entre le 20 et le 25 avril. Heureusement, il n’y eu aucun cas mortel.
Face à ce nouvel épisode, les autorités ont réagi très rapidement et ont multiplié actions et mesures de précaution. Selon les communiqués en ligne sur le site de la préfecture du Rhône, actualisés presque quotidiennement, après avoir recensé toutes les TAR dans le secteur de l’épicentre (37, et 60 dans un périmètre élargi), 28 sites ont été retenus pour le périmètre d’analyse, dont 11 étaient à l’arrêt depuis l’automne 2004. Les résultats obtenus ont permis progressivement d’écarter 11 TAR qui vont pouvoir être remises en fonctionnement par arrêté préfectoral avec des contrôles rapprochés et répétés. Sur les 6 sites restant, 5 étaient contaminés (mais les souches environnementales ne correspondent pas aux souches humaines) et on ne connaît pas encore les résultats pour la dernière TAR. D’autre part, après contrôles négatifs, 7 stations de lavage de voiture ont pu reprendre leur activité. Des systèmes d’irrigation et des brumisateurs de fruits et légumes ont également subi des arrêts préventifs. Un hélicoptères a même été mobilisé pour détecter d’éventuelles TAR non déclarées ou non arrêtées.
En matière de communication aussi, on peut souligner lors de cet épisode lyonnais la régularité et la clarté des actions de la part des autorités..
Mais malgré tout cela, l’incertitude sur l’origine de la contamination s’est tout de même prolongée pendant plusieurs semaines, donc sur une durée beaucoup trop longue. On peut déplorer qu’en 2005, on soit encore obligés d’attendre 10 jours pour avoir les résultats de prélèvements sur des TAR. Un nouveau test donne des résultats en 3 heures, mais son utilisation n’est pas encore autorisée. Le Pr Etienne confiait à la presse le 13 mai : « Je connais parfaitement ce test très innovant puisque je l’utilise au laboratoire. Malheureusement, tant que sa validation au niveau réglementaire n’est pas complète, je ne peux pas l’appliquer à une situation de crise. Même si, je dois l’avouer, j’en ai un peu envie… »
Depuis le 16 mai, aucun nouveau cas n’a été déclaré (une déclaration de légionellose a été reçue le 25 mai par la DDASS ; mais elle ne se rattache pas à l’épisode épidémique actuel). Commentaire de Marc Maisonny, inspecteur de la Ddass, le 18 mai : « Il est probable que la source de contamination a cessé d’émettre, mais comme nous n’avons pas encore identifié cette source, nous ne pouvons pas être certains qu’elle ne réémettra pas ». Du coup, on comprend que l’absence d’un test rapide est encore plus dommageable. D’autant qu’en matière d’émission de légionelles, les mauvaises surprises ne manquent pas. On se souvient de celles qui avaient marqué la crise Noroxo, avec sa distance inhabituelle de diffusion des cas (jusqu’à 12 km), la survenue d’une deuxième vague épidémique après nettoyage de la TAR, la révélation que la TAR avait été contaminée secondairement par une lagune… Lors de la conférence de presse du 1er juin, le Pr Etienne a déclaré pour sa part que l’absence d’identification a peut être été due au caractère éphémère de la source ou à l’efficacité de la décontamination…
Décidément, les épidémies de légionellose sont des événements particulièrement complexes et incertains, de redoutables sources de crises potentielles.
Raison de plus pour insister à nouveau sur la particulière pro-activité qui est à mettre en œuvre dans l’entretien et la surveillance des TAR. Désormais soumises au régime des installations classées, les TAR ont été recensées en 2004. Elles sont, en France, au nombre de 13 700 réparties dans 6000 établissements (contre 2400 établissements l’année précédente). Les contrôles aléatoires ont triplé entre 2003 et 2004, avec 14 000 contrôles effectués en 2004. Résultats : 13% des TAR inspectées ont présenté un nombre de bactéries de 1000 UFC/litre et ont donné lieu à un nettoyage ; et 2% avaient une concentration de bactéries de 100 000 UFC/litre et ont fait l’objet d’une désinfection.
Dernier point : les épidémies de légionellose ne sont pas l’apanage de la France, comme certains peuvent le croire. Plusieurs autres pays européens en ont connu. Actuellement, une épidémie est en cours dans le sud de la Norvège. Elle a déjà provoqué la mort de 6 personnes et la bactérie a été détectée chez 38 autres. Là aussi, la source n’a pas pu être détectée encore, malgré l’inspection systématique des TAR de la région. En 2001, une précédente épidémie avait déjà fait 7 morts en Norvège sur un total de 28 personnes infectées.
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