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Perception des risques industriels : la confiance ne revient pas


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Quels sont aujourd’hui les principaux risques auxquels les Français s’estiment exposés ? Font-ils confiance aux autorités pour les protéger ? Et pensent-ils qu’on leur dit la vérité sur les dangers en présence ?


Sur ces questions, évidemment importantes dans le contexte de crises successives de ces dernières années, on ne disposait que d’un petit nombre d’indications, apportées par des enquêtes telles que celles qui sont menées par des instances professionnelles comme l’UFIP (Union Française des Industries Pétrolières).

D’où l’intérêt de la publication par L’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) des résultats de la « cuvée » 2004 du baromètre qu’il fait réaliser chaque année par BVA auprès d’un échantillon de 1008 personnes. C’est la première fois que ces résultats ont été rendus publics, le 21 avril dernier.

Les problèmes sociaux, suivis de près par l’environnement

Comme les années précédentes, les Français placent les problèmes sociaux très largement en tête de leurs préoccupations ; le chômage, qui était auparavant en seconde position, devance maintenant (37%) l’insécurité (30%) et l’exclusion (28%). Immédiatement après, l’inquiétude se porte sur la dégradation de l’environnement (22%), le terrorisme (16%) et les accidents de la route (14%) – qui sont en diminution - , les toxicomanies – drogue, alcoolisme, tabagisme - (11%), les conséquences de la mondialisation (10%) et le sida (10%) qui est lui aussi en recul. A un degré moindre, viennent ensuite le nucléaire (8%), les changements climatiques (7%), les risques chimiques (3%) les risques alimentaires et les maladies professionnelles (2%). A noter qu’au sein de la préoccupation environnementale, prédominent nettement les problèmes de l’eau et de l’air : la pollution de l’eau est à 37%, l’effet de serre (réchauffement de l’atmosphère) également à 37%, la pollution de l’air à 31% ; la destruction des forêts vient immédiatement après, à 27%.

Les installations chimiques font toujours peur

D’autre part, parmi les activités industrielles, ce sont les installations chimiques qui sont jugées comme risquant le plus (20%) de provoquer un accident grave ou une catastrophe en France, avant les centrales nucléaires (18%) et les sites de stockage des déchets radioactifs (17%). Concernant la présence d’activités industrielles dangereuses en agglomération, 41% des personnes interrogées estiment qu’il faudrait interdire de telles activités dans les agglomérations, alors que 31% d’entre elles pensent qu’il faudrait renforcer la sécurité des installations. L’ombre de l’explosion de Toulouse plane encore.

La confiance est limitée à certains sujets

Sur le plan de la confiance accordée aux autorités pour leurs actions de protection, le sondage montre d’abord que les mesures adoptées ces dernières années pour prévenir les accidents de la route sont bien reconnues par les Français : elles recueillent 60% de réponses positives, un taux jamais atteint auparavant. La confiance augmente également sur deux autres sujets : le tabagisme des jeunes et les inondations. En revanche, la confiance baisse nettement sur les déchets chimiques (42% de défiance en 2002, 53% en 2004) et elle se dégrade considérablement concernant les retombées radioactives en France de l’accident de Tchernobyl (51% de défiance en 1999, 68% en 2004).

Déficit de crédibilité sur la majorité des risques

Troisième question posée, sans doute la plus importante, celle de la vérité : « Pour chacun des domaines suivants, estimez-vous que l’on vous dit la vérité sur les dangers qu’il représente pour la population ? ». On notera qu’avec cette formulation, aucun responsable direct n’est désigné. A cet égard, on retrouve logiquement des scores positifs pour les accidents de la route, le tabagisme des jeunes, le sida et l’alcoolisme. Mais pour la majorité des risques, notamment les risques en rapport avec les activités industrielles et technologiques, le déficit de confiance dans l’information reçue reste massif. Quelques exemples : 20% seulement de « vérité » ressentie sur la pollution atmosphérique, 17% sur le transport des matières dangereuses et les centrales nucléaires, 16% sur la pollution des lacs, rivières et mers, 14% sur les incinérateurs de déchets ménagers, 13% sur les antennes de réseau pour téléphones portables, 12% sur les pesticides, les déchets radioactifs et les OGM, 11% sur les installations chimiques, 10% sur les déchets chimiques. C’est dire la très faible crédibilité qui règne encore sur ces sujets ; et les progrès qui restent à accomplir en matière de transparence, en « temps de paix » et à plus forte raison en situation de crise ou de pré-crise.

La concertation plébiscitée

Autre point remarquable du baromètre, à propos de la perception que les Français ont aujourd’hui du rôle de l’expertise : l’opinion est mitigée, bonne à 51% mais avec 43% d’indécis. Mais surtout, le sondage montre que les Français souhaitent vivement que les experts scientifiques prennent en compte leurs préoccupations et ils veulent qu’au sujet des risques, la concertation soit mise en oeuvre : en effet, 91% des personnes interrogées considèrent qu’une « structure réunissant des experts scientifiques, des décideurs politiques, des industriels, des associations, des citoyens et dont le but serait de s’occuper des situations à risques » serait très utile (43%) ou utile (48%). Un message à entendre.

Au delà de ces quelques points saillants, l’analyse fine des résultats de ce sondage apporte des informations précieuses, en particulier selon les types de risques (individuels, collectifs non industriels et industriels). Lecture vivement recommandée aux responsables industriels.

Pour en savoir plus : www.irsn.org

Le 28 avril 2005



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