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Tsunami, crise et questions d’alerte


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Pouvait-on le prédire ? Non. « Aucun scientifique n’avait prévu qu’un événement pareil puisse se produire au large des côtes indonésiennes », vient de réaffirmer le Directeur de l’Institut de physique du globe de Paris (le Figaro, 18 février). Le séisme du 26 décembre 2004 et le tsunami qui l’a suivi (causant de 300 000 à 320 000 morts d’après les dernières estimations), appartiennent donc bien à cette catégorie, assez restreinte, des catastrophes réellement imprévisibles – et donc non anticipables - en tant que telles.


Cela dit, ce caractère « exceptionnel » recèle un piège : la tentation peut être forte d’isoler et d’enfermer, dans l’exception justement, cet événement et de n’y voir qu’un fait de fatalité extrême, extra-ordinaire. Il ne se reproduira pas, ou dans un siècle peut être, et donc ne vaut que pour lui même. Cette réaction n’est pas rare ; on l’a vu à l’œuvre pour nombre de catastrophes, Bhopal et Tchernobyl, par exemple.

Bien au contraire, il est fondamental de s’interroger sur l’éventualité – à court terme - d’autres tsunamis, pouvant concerner les côtes méditerranéennes et celles des Antilles, par exemple. C’est ce qui vient d’être fait le 17 février lors d’une audition de spécialistes par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Et qu’apprend t-on ? Alors que le risque est loin d’être négligeable, la France n’est dotée d’aucun système d’alerte aux tsunamis tel que celui qui surveille l’océan pacifique. Est-ce bien raisonnable ?

Autre axe de réflexion qui paraît bien recommandable : voir dans le tsunami du 26 décembre un exemple des possibles crises futures, crises « globales » d’extension rapide dans plusieurs pays, impliquant simultanément de larges franges de populations diverses, avec un grand nombre de victimes ; et donc s’attacher à en tirer toutes les leçons possibles, par des retours d’expérience très complets. Sur un sujet, entre autres : la gestion de l’alerte.

Beaucoup de commentaires ont porté sur l’absence d’alerte dans les heures qui ont suivi le séisme. Combien de morts aurait-on pu éviter, si une partie au moins des populations avait pu être alertée ? On ne peut s’empêcher de se poser cette question. Elle est légitime.

Sur ce point, évidemment crucial, il faut bien distinguer d’abord deux niveaux au moins :

D’une part, on l’a beaucoup dit, il n’y avait pas de système d’alerte spécifique aux tsunamis dans l’océan indien, contrairement à ce qui existe dans l’océan pacifique. D’après le directeur de l’Institut de physique du globe (Le Monde du 25 février), « Les habitants de la côte de Sumatra ou de l’île de Phuket, trop près de l’épicentre, n’auraient pu être sauvés avec les dispositifs d’alerte qu’on est capable de monter aujourd’hui. Le délai entre le séisme et l’arrivée des vagues sur le littoral est parfois trop court pour nos temps de réaction. » Dont acte. On notera toutefois que la Thaïlande (qui fait partie du dispositif pacifique), avait bien enregistré la secousse, sans que le patron des services météorologiques du pays ne déclenche pourtant l’alerte ; il a été limogé depuis. Mais cette passivité s’explique peut être : en 1998, la météo thaïlandaise avait lancé une alerte au tsunami sur la côte de Phuket ; aucune vague ne s’était produite, sinon une vague de colère des responsables du tourisme…

Mais d’autre part, au delà d’une première information sur le séisme, on a pu relever dans les heures suivantes de multiples défauts d’alerte de la part de certains (au Sri Lanka, en Inde, en Afrique) qui savaient que des vagues géantes s’étaient déjà abattues sur plusieurs côtes. Et qui n’ont rien fait. Or, alerte ou pas, le résultat a été bien différent. L’exemple des côtes africaines à cet égard est éloquent : pas d’alerte et 298 morts en Somalie, alerte et un seul mort au Kenya.

Naturellement, cette première distinction est très insuffisante. Il faut tenir compte aussi de bien d’autres facteurs. A commencer par la simple ignorance. Plusieurs témoignages ont montré que faute de savoir ce qu’est un tsunami, on a pu voir le 26 décembre sur certaines côtes la mer se retirer sans que cela ne déclenche aucune réaction ; à l’inverse, des centaines de personnes, ailleurs, ont été sauvées – simplement parce qu’elles ont fui – grâce au réflexe de quelques uns, parfois des enfants. Tous les spécialistes s’accordent d’ailleurs aujourd’hui pour dire qu’au delà des dispositifs d’enregistrement et d’une meilleure coordination internationale, le premier moyen de limiter les dégâts humains d’un tsunami est l’éducation : apprendre aux populations côtières ce qu’est un tsunami et leur apprendre à déchiffrer les signes avant-coureurs. C’est ce qui est fait au Japon.

On sent bien qu’à travers l’exemple du tsunami, il serait très opportun de se reposer sérieusement la question des alertes. L’expérience le montre abondamment : aussi bien pour les risques « naturels » que pour les risques industriels ou sanitaires, les défauts d’alerte sont fréquents, récurrents. Que l’on pense, dans un passé récent, à ce qui s’est passé par exemple pour le SRAS et pour la canicule : premiers signaux cachés ou incompris et non transmis…et plusieurs jours (ou semaines) perdus, avec les résultats que l’on connaît. Ne serait-il pas temps, dans ce domaine, d’adopter enfin, des approches responsables. Autrement dit, professionnelles.

JM Guillery

Le 25 février 2005



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