Le virus du Nil : A l’aube d’une crise annoncée ?
Après avoir infecté 10 000 américains l’an dernier (avec 264 cas mortels), le Virus du Nil Occidental (VNO) refait parler de lui cette année aux Etats-Unis où il est apparu pour la première fois en Californie, semant un vent de panique avec 116 cas détectés et cinq morts recencés fin août, dont un adulte de 57 ans seulement.
Après avoir infecté 10 000 américains l’an dernier (avec 264 cas mortels), le Virus du Nil Occidental (VNO) refait parler de lui cette année aux Etats-Unis où il est apparu pour la première fois en Californie, semant un vent de panique avec 116 cas détectés et cinq morts recencés fin août, dont un adulte de 57 ans seulement.
D’autres régions du monde ont été récemment concernées comme le Portugal, où des programmes de surveillance renforcée ont permis d’identifier le virus dans la région de l’Algarve, sans pour autant qu’aucun malade n’ait été recensé jusqu’à présent. Enfin, début août, une Japonaise de quarante-deux ans et un Uruguayen, tous deux de retour d’un voyage aux Etats-Unis, sont suspectés d’avoir importé l’infection dans leurs pays respectifs. D’après les dernières hypothèses des scientifiques, cette contamination intercontinentale particulièrement accélérée serait due à des moustiques génétiquement « hybrides », (revue Science, mars 2004), qui propageraient un nouveau virus, bien plus virulent que la souche d’origine africaine. Il semble en outre désormais établi à ce jour que ce nouveau variant peut franchir la barrière des espèces, ainsi que le prouve l’infection massive d’alligators d’élevage en Floride.
Que dire maintenant de la menace sanitaire que le VNO pourrait représenter pour la France ?
Le VNO avait fait une nouvelle incursion remarquée en pays varois en octobre 2003 : deux cas humains et trois cas équins avaient été signalés presque simultanément dans différentes zones du département, confirmant l’hypothèse d’une importante circulation virale. Cette année, 23 nouvelles infections viennent d’être enregistrées sur des animaux dans le Var, mais surtout, d’après le réseau de surveillance de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA), le virus déborde maintenant de sa zone d’origine, la Camargue, ce qui n’avait pas été observé depuis plus de 40 ans en France.
Tous les facteurs favorisant la prolifération des moustiques, vecteurs de la maladie, sont réunis dans la région : forte humidité liée à l’irrigation intensive, températures plus élevées que la normale, présence d’une importante population équine, « réservoir » naturel de la maladie… Le virus du Nil, qui contamine habituellement les oiseaux sauvages, n’est cependant qu’ accidentellement transmis aux herbivores (principalement le cheval), et à l’être humain, par piqûres de moustiques de type « culex », eux-mêmes contaminés auprès d’oiseaux infectés. Chez l’homme l’infection passe habituellement inaperçue, se manifestant sous la forme d’un syndrome grippal bénin. Ce n’est que rarement (personnes âgées ou immuno-déprimées) que la maladie peut se compliquer d’une méningo-encéphalite, mortelle dans 3 à 15% des cas.
Le cas humain recensé le 6 octobre dernier en France avait alerté les médias, qui avaient mis en exergue la menace de cette zoonose émergente (en précisant que la personne touchée est sortie indemne de l’hôpital). Brandissant le spectre de l’épidémie de 2002 (284 morts dans le monde) et relayant la psychose générée aux Etats-Unis par les nombreux cas recensés en 2003, certains n’avaient pas hésité à prédire une crise sanitaire majeure en France pour l’été 2004, avec le retour de conditions climatiques favorables au virus. Les épidémiologistes observent il est vrai depuis quelques années une large extension géographique du Virus du Nil, sans doute liée à l’augmentation du nombre des voyageurs venant d’Afrique (« berceau » du VNO) et à la modification du trajet migratoire des oiseaux qui jouent un rôle majeur dans sa dissémination.
Le bilan de la surveillance mise en place par la Direction Générale de la Santé en Camargue et en Corse depuis 2001, suite aux quelques contaminations équines révélées en l’an 2000, a montré que seuls dix-huit cas humains avaient été signalés par les établissements de soins et qu’aucun d’entre eux n’avait été confirmé par des analyses biologiques. Depuis cet automne, une stricte surveillance a été étendue à tous les départements du pourtour méditerranéen, afin d’identifier précocement les cas sévères de la maladie, qui témoigneraient d’un risque important pour l’homme et l’animal.
L’apparition du virus et son intensité restent cependant totalement imprévisibles, car inhérents à la conjonction de nombreux facteurs écologiques et climatiques. Certains scientifiques avancent même l’hypothèse que les déterminants génétiques de l’hôte seraient susceptibles de moduler la sévérité de l’infection.
En pratique, peut-on considérer que ce risque viral est maîtrisable, ou la France est-elle à l’aube d’une nouvelle crise sanitaire à laquelle aucune parade n’a été trouvée à l’heure actuelle ? En l’absence de vaccin (actuellement à l’étude) et dans le doute d’une transmission de l’homme à l’homme par voie sanguine ou au fœtus in utero – aujourd’hui fortement suspectée-, la seule prophylaxie reste la surveillance intensive pour prévenir et, le cas échéant, contrôler, une éventuelle épidémie.
Des mesures de précaution élémentaires (usage de crèmes anti-moustiques adaptées, port de vêtements amples dans les zones à risque) semblent aptes à enrayer la propagation de l’affection et à éviter le recours – comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis- à des campagnes de démoustication drastiques à l’efficacité et à la dangerosité aujourd’hui débattues. Mais cela suffirait-il si des facteurs aggravants susceptibles de favoriser le développement et la propagation du virus se multipliaient ?
En conclusion, une nouvelle dynamique épidémiologique de la maladie n’est donc, en l’état actuel des connaissances, pas à écarter…
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