Légionellose : une nouvelle crise exemplaire
Noroxo : la crise de tous les risques
Noroxo : la crise de tous les risques
Le bilan humain de l’épidémie de légionellose dans le Pas de Calais est lourd : dans la région de Lens, 85 personnes, dont certaines avaient moins de 60 ans, ont en été atteintes. 13 d’entre elles sont décédées.
Il est remarquable que, depuis la survenue des premiers cas à Harnes mi-novembre 2003, jusqu’à fin février où se profile une crise sociale, l’usine Noroxo a été confrontée à l’addition d’à peu près tous les problèmes auxquels peut avoir à faire face une entreprise en situation de crise, les uns potentialisant les autres….
Aurait-on pu éviter d’en arriver là ?
Il est impossible de réécrire l’histoire, mais une analyse fine des différents risques permet de déduire que la bonne gestion du premier aurait sans doute pu éviter - ou au moins minimiser - la survenue du second et ainsi de suite.
Le premier risque était évidemment sanitaire.
Pour l’évaluer correctement, l’entreprise aurait dû se fonder sur des informations médicales précises concernant l’identification des légionelles, leur mode de prolifération et surtout leurs modes de contamination. Cette évaluation a –t-elle été pratiquée ? Si oui, en a t-on tiré les conclusions adéquates ?
Le mauvais choix technique ?
Dès la contamination des tours aéro-réfrigérantes caractérisée, Noroxo a mis en œuvre un nettoyage en choisissant la technique du karcher. Mais il s’est avéré que cette technique a peut-être contribué à la deuxième vague de contamination....
Qui a informé les riverains ?
Les cas de légionellose identifiés dans le Pas de Calais illustrent combien les catégories de populations potentiellement exposées peuvent être différentes, du salarié du site à un riverain même très éloigné de la source. Ce dernier facteur a surpris tout le monde, scientifiques inclus.
Mais une information préventive, adaptée et précise, largement distribuée aux cibles potentiellement exposées avait-elle été mise en place ? Comment ont – elles eu des conseils ? Par les médias ?
Et qui les a affolés ?
Les médias ont alimenté quotidiennement le feuilleton « légionellose » depuis le premier jour, soit bientôt 3 mois ! Tous les jours le moindre fait nouveau, déclaration des autorités – du ministre au sous-préfet – a été repris par la presse. Les familles de victimes (85 à ce jour, cela fait du monde…) ont été, sont et seront encore sollicitées par micros et caméras.
On peut le déplorer.
Ce « traitement » de l’actualité douloureuse devient une règle journalistique qu’on le veuille ou non. Lors du crash de Sharm el Sheik, les familles des victimes ont été « montrées » par des journalistes qui « savaient » ce qu’elles ne savaient pas encore, ainsi qu’ils le disaient avec une indécence ahurissante en « voix off ».
Et s’il y a victimes, il y a coupables… forcément. D’où haro sur l’industriel, l’administration, le ministre éventuellement. Celui-ci, pour « désamorcer », s’est rendu deux fois en personne à Lens – effort inhabituel de la part du Pr. Matteï, reconnaissons le.
L’entreprise Noroxo s’est exprimée quant à elle avec parcimonie, c’est peu de le dire…Or, plus une entreprise se ferme aux médias, plus ceux-ci la montrent du doigt, la présument coupable et l’accusent.
Le risque judiciaire.
A ce stade, en conséquence des étapes précédentes, le dépôt de plainte était devenu inévitable. Une association des victimes de la légionellose s’est constituée à Lens. Ce type d’associations est particulièrement actif pour poursuivre devant les tribunaux (civils à fin d’indemnisation, pénaux à fin de « reconnaissance ») les responsables, surtout lorsqu’ils sont solvables….
La judiciarisation d’une crise veut aussi dire qu’elle se prolongera en médias à mesure que les procès se tiendront et les jugements tomberont.
Il pleut des arrêtés préfectoraux…
Dans quelles conditions se sont produits les deux épisodes de fermeture de l’usine ?
Cinq arrêtés préfectoraux successifs, trois rapports de l’inspection des installations classées, une circulaire ministérielle, une lettre de Roselyne Bachelot au Préfet du Pas de Calais …. Arrêtez le déluge !
Cerise sur le gâteau : l’usine n’a toujours pas repris son activité le 18 février, pire le nettoyage n’est pas encore commencé faute d’autorisation administrative !
Les retentissements financiers directs (perte d’exploitation) et économiques (poids de l’usine dans la situation de la société) dépendent souvent du niveau d’exigence des autorités de tutelle. Celles-ci seront d’autant plus importantes et impérieuses que les relations avec les administrations n’auront pas été débutées dans un climat de confiance, de coopération et .. encore une fois – de proactivité, notamment lors de la première information de la DRIRE.
Le « spectre du chômage »
« A Harnes, la légionellose laisse place à la sinistrose » titrait Libération mardi 17 février. Le cas de l’usine Noroxo illustre, comme d’autres souvent (l’exemple de Metaleurop où une question de risque environnement-santé a abouti à un drame social majeur en est un autre), les risques sociaux indésirables et inattendus, conséquences ultimes d’une insuffisance de gestion du risque santé à l’origine de la crise.
La crise sociale va maintenant commencer.
Et la mise en cause d’un site pourrait devenir la mise en cause d’un groupe. Les premières semaines, les médias parlaient de Noroxo. On voit maintenant que derrière Noroxo, c’est depuis quelques jours, EXXON – Mobil qui est mis en cause…
Comme autrefois à la SNCF, une crise peut en cacher une autre…voire plusieurs !
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