Le ministère définit un plan anti-SRAS
Avec la confirmation de trois cas dans la province méridionale du Guangdong (depuis le 5 janvier pour le premier), la résurgence du SRAS en Chine du sud – attendue par les experts - est affirmée. Il s’agit heureusement de cas isolés et contrôlés. Pas de raison de s’alarmer donc pour Bob Dietz, porte-parole de l’OMS : « Nous n’avons aucune indication sur une épidémie de grande ampleur », a –il déclaré. Mais la menace est néanmoins présente, même si elle est totalement détrônée ces jours-ci par la préoccupante diffusion de la grippe aviaire dans 6 pays d’Asie (voir notre sujet sur le site gestiondecrise.com).
C’est dans ce contexte que le ministère de la santé a présenté hier le plan de bataille qui définit désormais la stratégie de réponse française.
Mieux valait en disposer. On se souvient du climat de confusion - et de quasi-psychose dans bien des cas - qui a marqué, au printemps dernier, la progression de l’épidémie de SRAS dans le monde, avec 27 pays touchés en quelques mois. Pendant plusieurs semaines, la circulation d’informations insuffisantes et contradictoires avait rendue difficile l’adoption de dispositions claires, aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels de santé et également pour les entreprises.
Afin de préciser ces difficultés, MGVM Consultants avait d’ailleurs procédé en mai et juin à une enquête détaillée à laquelle avaient répondu une cinquantaine de grandes entreprises françaises très présentes en Asie. Elle avait permis de souligner plusieurs points importants. Entre autres :
les entreprises avaient majoritairement été informées d’abord par les médias et le « terrain », avant de l’être par les autorités ;
les informations délivrées par les autorités sanitaires étaient jugées souvent insuffisantes et difficiles à interpréter ;
l’inquiétude des personnels avait été très marquée, avec de nombreux appels de familles, et une proportion non négligeable de demandes de « retrait » et de refus de missions.
Cinq niveaux d’alerte
L’année dernière, face à une épidémie qui progressait très rapidement en générant de fortes inquiétudes, un certain nombre de mesures de lutte avaient été décidées par les autorités sanitaires à la mi-mars, dans l’urgence. Elles méritaient d’être revues, précisées et améliorées dans certains cas, à la lumière de l’expérience et des connaissances (encore incomplètes aujourd’hui) du Corona Virus responsable du SRAS
C’est donc désormais chose faite. Après soumission au Conseil supérieur d’hygiène publique de France, qui les a approuvées sur le plan de la prise en charge des cas suspects ou probables et de la conduite à tenir vis à vis des personnes contact d’un cas, des dispositions structurées viennent d’être établies par le ministère de la santé. Elaboré par la Direction générale de la Santé en collaboration avec la Direction de l’hospitalisation et l’Institut national de veille Sanitaire, ce « Plan de réponse contre une menace de SRAS » vient d’être présenté le 22 janvier et mis en ligne sur le site du ministère (http://www.sante.gouv.fr).
La stratégie de réponse définie est logiquement basée sur les caractéristiques du SRAS, notamment le fait que les signes cliniques de début sont très peu spécifiques. C’est dire que le diagnostic précoce est difficile (d’autant qu’il n’existe pas de test de dépistage), mais il est pourtant impératif d’assurer une détection rapide des cas pour une prise en charge adaptée de ces cas et des sujets contacts. En effet, c’est la condition sine qua non pour atteindre l’objectif : interrompre la chaîne de transmission du virus (en précisant qu’il n’y aurait pas de transmission du virus lors de la phase d’incubation, les personnes malades et elles seules étant contagieuses).
« Tout réside dans la précocité de la réaction » a insisté William dab, nouveau patron de la DGS. Autrement dit, il faut être assurés de la rapidité de la démarche diagnostique et de la prise en charge, dans des conditions qui limitent au maximum le risque de contamination, en particulier pour les personnels soignants.
Bien entendu, en pratique, de tels objectifs supposent une vraie coordination des professionnels selon une organisation très rigoureuse, avec signalement sans délai de chaque cas suspect, possible, ou probable, aux autorités sanitaires et définition des mesures à mettre en œuvre par une cellule de gestion interministérielle animée par la DGS.
En bref, toutes les mesures sont répertoriées dans une stratégie qui répond à cinq niveaux d’alerte :
le niveau de vigilance (absence de cas ; mais on ne parle pas de niveau 0, la menace étant permanente)
le niveau 1 (un ou plusieurs cas isolés à l’étranger sans transmissions secondaires)
le niveau 2 (un ou plusieurs cas isolés en France)
le niveau 3 (transmission active à l’étranger)
le niveau 4 (transmission active en France)
Pour chaque niveau d’alerte, « on sait qui doit faire quoi » résume William Dab.
Plusieurs dispositions essentielles sont prévues. Par exemple :
pour limiter au maximum le risque de contamination chez le personnel soignant, un hôpital référent (avec chambres d’isolement prévues) est dédié à la prise en charge des premiers cas de SRAS à l’intérieur de chacune des sept zones de défense de l’hexagone, plus un établissement identifié pour chaque département d’outre-mer.
pour assurer une vraie coordination des moyens en cas d’alerte de niveau 2 : activation de la cellule de gestion interministérielle, information des hôpitaux, des samu et des médecins libéraux, mobilisation de la Ddass et de la Cire (cellule interrégionale d’épidémiologie) pour mener les investigations, définition par la Ddass des mesures de quarantaine en liaison avec le médecin généraliste des cas contacts.
Les mesures individuelles de prévention et de lutte contre la propagation de la maladie figurent bien entendu dans le plan, de même que les mesures collectives.
D’autre part, une campagne d’affichage et des documents d’information voyageurs vont être mis en place dans les aéroports internationaux. Dans ces mêmes aéroports, des procédures de traçabilité des voyageurs sont préparés, associant les compagnies aériennes, le service médical, la police aux frontières et les douanes, avec une surveillance particulière des zones d’attente de personnes en instance.
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