Le lait chinois à la mélamine
Les observateurs attentifs savent – contrairement à ce qu’affirment beaucoup de « docteurs de la vertu » - que depuis quelques années déjà émerge en Chine une opinion publique avec laquelle le pouvoir doit composer. La crise du SRAS a très certainement été un déclencheur de cette prise de conscience. D’autres ont suivi. Cette émergence change la manière dont le gouvernement chinois gère médiatiquement les crises que le pays connaît.
La dernière en date éclate en octobre 2008. L’affaire du lait cru chinois frelaté à la mélamine. Certains ont fortement critiqué le gouvernement chinois pour son manque de transparence : l’enquête montre que les deux premières victimes de cette crise remontent à mai et juillet 2008. Il se passe donc quelques semaines entre l’apparition des premiers cas mortels et la « révélation publique » de l’affaire. Confronté à cette crise, le groupe néo-zélandais Fonterra, qui détient 43% de la société Sanlu, l’un des fabricants de lait concernés, explique qu’il a « essayé d’obtenir un rappel de produit, mais les autorités chinoises n’ont rien fait ». Le Premier ministre néo-zélandais monte et créneau et enfonce le clou : « Au niveau local, je pense que la première tendance a été de tenter de couvrir l’affaire ».
Ne sont-ce pas là des arguments de défense un peu grossier ? ! On peut toujours avoir un doute sur le fait que la tenue des Jeux Olympiques en août 2008 a reculé de quelques semaines la révélation du scandale, mais il n’en reste pas moins que les autorités de Beijing ont fait preuve non seulement d’une réactivité, mais aussi d’une transparence nouvelle.
L’enquête a commencé immédiatement et la justice a été saisie très rapidement ; les sanctions contre les responsables sont tombées à la mi-janvier 2009 avec trois condamnations à mort, dont une avec sursis. Par ailleurs, Beijing a reconnu en décembre 2008, 295 000 enfants intoxiqués et près de 160 enfants dans un état grave… sans compter une dizaine de décès.
Il s’agissait bien ici d’apaiser la douleur des familles de victimes et de rassurer l’opinion publique chinoise.

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