BILLET D'HUMEUR
Sras, canicule : sommes nous vraiment meilleurs que les chinois ?

Lors de l’épidémie de SRAS l’alerte a été donnée par l’OMS le 12 mars en ces termes : « l’OMS recommande que les patients porteurs d’une pneumonie atypique qui pourrait être liée aux cas repérés, fassent l’objet de mesures sanitaires d’isolement et que chaque cas suspect soit rapporté aux autorités de santé nationales. »
En France ce n’est que le 7 mai qu’un document précis de conduite à tenir en cas de suspicion de symptômes est distribué aux voyageurs à leur descente d’avion.

Rien de spécifique, aucune information adaptée, n’a été réalisé pour les entreprises alors que celles-ci sont les premières concernées – en particulier celles qui ont des filiales ou qui commercent avec l’Asie.
Mais, devant la survenue d’un virus émergent, de plus exotique (chinois), ainsi que la non transparence des autorités du pays d’origine, on peut comprendre une certaine perplexité des pouvoirs publics.

La sur-médiatisation aidant, l’épidémie de SRAS qui, rappelons le, n’a touché que 8400 personnes et fait seulement 916 morts dans le monde est devenue une crise internationale.

En revanche, aujourd’hui la vague de chaleur qui nous frappe et vient de faire plus de 10000 morts en France, pour exceptionnelle qu’elle soit n’est pas de nature radicalement nouvelle. On sait depuis longtemps traiter un coup de chaleur ! D’où la polémique.
Etait-ce vraiment imprévisible ? On peut en douter.
- Météo-France avait prévu et répété dans les derniers jours de juillet que la canicule n’allait pas diminuer et qu’il fallait s’attendre à voir rester sur nos têtes pendant au moins 15 jours le fameux anticyclone porteur de sécheresse et de températures anormalement élevées.
- En France, pays situé en zone tempérée, l’usage de la climatisation reste marginal. Si de plus en plus d’entreprises en équipent leurs bureaux, pas un professionnel de santé n’ignore que nos hôpitaux et autres établissements de santé ne possèdent pas –sauf exception- de système de conditionnement d’air.
Cela favorise le risque de légionellose nous dit-on. Mais y-a-t-il plus de légionellose dans les hôpitaux des pays chauds tous pourvus de climatisation ? Où bien est-ce simplement trop cher pour un budget de santé publique peau de chagrin ? Et quand comprendra-t-on en France, au plus haut niveau de l’Etat qu’il est plus efficace et moins cher de prévenir que de guérir ?
- Enfin, est-il surprenant de constater que la canicule a frappé les personnes âgées dont il n’est pas nouveau de dire qu’elles sont fragiles et isolées ? Leur prise en charge par la collectivité est chroniquement montrée du doigt pour ses insuffisances….

Comme le rappelle le 19 août le Docteur Jean-Marie Vetel, président du syndicat national de gérontologie clinique : « Jean-François Mattéi semble avoir oublié que son gouvernement a gelé les 103 millions d’euros qui devaient permettre aux maisons de retraite de se doter en personnel soignant en 2003 … Les maisons de retraite qui ont bien souvent moins d’un agent pour 5 patients n’avaient pas les effectifs suffisants pour éviter les transferts vers l’hôpital des patients les plus fragiles ».

Quant aux hôpitaux, le dévouement des équipes, le système D et les initiatives individuelles doivent être reconnus et salués. Est-il pour autant concevable qu’on fasse en France au mois d’août une médecine de catastrophe au seul motif qu’il fait trop chaud ?….

Faire sauter un fusible à la tête de la Direction Générale de la Santé peut-il être une façon de résoudre le problème de fond de l’insuffisance de nos systèmes d’alerte ?

Manque d’anticipation et de système d’alerte, lourdeur administrative, réticence des responsables à prendre en urgence des décisions qui pourraient ensuite leur être reprochées, crainte de déclencher une panique …. Tous ces facteurs participent sans doute de l’impuissance relative de nos autorités à prendre à temps les mesures nécessaires à gérer l’urgence face à des situations, certes inhabituelles, parfois sans précédent. Un pays qui se vante d’avoir le meilleur système de protection sociale du monde se devrait d’y faire face d’autant que c’est un des rôles fondamentaux de l’INVS et de la DGS d’alerter, d’anticiper et d’organiser la santé publique.

Un vrai retour d’expérience – faut-il aller jusqu’à une enquête parlementaire ? - assorti d’une vraie politique de prévention et d’un système d’alerte permettant de repérer à temps les signaux faibles annonciateurs d’une crise n’est pas réservé aux seules entreprises privées qui toutes se forment à anticiper et gérer des crises même très imprévisibles.

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